« En accompagnant l'émergence de Bull, nous faisons le choix de l'indépendance stratégique », a déclaré le ministre délégué à l'intelligence artificielle et au numérique.
La France a finalisé l'acquisition de 100 % du capital du fabricant de supercalculateurs Bull auprès du groupe Atos, dans le cadre d'une opération qui marque une « avancée majeure pour la souveraineté technologique française et européenne ».
Cette acquisition, dont la finalisation a été annoncée hier (31 mars), devrait renforcer la souveraineté technologique de la France et de l'Europe, notamment dans les domaines du calcul haute performance, de l'IA et des technologies quantiques, selon l'État français et Bull. L'État français est désormais l'unique actionnaire de Bull.
« Le renouveau de Bull en tant qu'entreprise indépendante soutenue par l'État français marque une étape décisive dans notre histoire », a déclaré Emmanuel Le Roux, PDG de Bull. « Avec un actionnaire stratégique de long terme, nous renforçons notre position de partenaire industriel de confiance sur l’ensemble de la chaîne de valeur du calcul haute performance, de l’informatique quantique et de l’intelligence artificielle. »
L'accord visant à acquérir Bull auprès du groupe Atos a été conclu pour la première fois en juillet de l'année dernière, lorsque la France a accepté de payer une valeur d'entreprise pouvant atteindre 404 millions d'euros pour l'entreprise.
Bull, dont le siège est à Bezons, en France, conçoit et fabrique des supercalculateurs et des serveurs hautes performances, ainsi que des serveurs d'entreprise, des solutions logicielles, des cas d'usage de l'IA et des innovations en informatique quantique.
« Les supercalculateurs qui y sont produits répondent aux besoins les plus exigeants de la défense nationale, de l'industrie et de la recherche fondamentale, et sont également essentiels à la formation et au déploiement de modèles d'intelligence artificielle », peut-on lire dans l'annonce d'hier. « Ils sont reconnus pour leurs performances et leur efficacité énergétique – deux critères décisifs pour entraîner de grands modèles d’IA. »
La société informatique est en activité depuis près d'un siècle, ayant été fondée en 1931. La société a été acquise par le groupe Atos en 2014, lorsqu'elle est devenue l'activité informatique avancée de cette organisation.
L’effort de souveraineté de l’Europe
La finalisation du rachat de Bull par la France intervient dans le cadre d'une campagne plus large en faveur de la souveraineté technologique en Europe ces derniers temps – en particulier à la suite des récentes tensions transatlantiques avec l'actuelle administration américaine.
La France et l'Allemagne ont été des figures de proue dans la lutte pour la souveraineté numérique européenne, les deux pays occupant le devant de la scène lors du Sommet sur la souveraineté numérique européenne de novembre dernier pour proposer un certain nombre d'initiatives, notamment le lancement d'un groupe de travail conjoint sur la souveraineté numérique européenne dirigé par les deux pays.
Les efforts en faveur de la souveraineté ont permis de franchir des étapes importantes, en particulier dans le domaine du calcul intensif en Europe.
En septembre dernier, Jupiter, le premier système informatique en Europe à atteindre le seuil exascale – un système capable d'effectuer plus d'un quintillion d'opérations par seconde – a été inauguré au Jülich Supercomputing Center en Allemagne.
Jupiter a rejoint les supercalculateurs existants du réseau EuroHPC – à savoir MareNostrum en Espagne, Leonardo en Italie, Lumi en Finlande, Discoverer en Bulgarie, MeluXina au Luxembourg, Vega en Slovénie, Karolina en Tchéquie et Deucalion au Portugal – effectuant ensemble des milliards de calculs par seconde.
Deux mois plus tard, l'entreprise commune européenne pour le calcul à haute performance (EuroHPC JU) a signé un contrat d'achat avec Eviden pour la livraison d'Alice Recoque, un nouveau supercalculateur exascale européen (du nom du regretté informaticien français pionnier) qui sera implanté en France.
« L'entrée de l'État au capital de Bull marque une étape décisive pour notre souveraineté numérique », a déclaré Anne Le Hénanff, ministre déléguée à l'Intelligence artificielle et au Numérique. « À l’heure où l’intelligence artificielle et les technologies quantiques remodèlent profondément les équilibres technologiques, la France se dote d’un acteur industriel de premier plan dans le calcul haute performance.
« En accompagnant l'émergence de Bull, nous faisons le choix de l'indépendance stratégique. C'est un signal fort : celui d'un pays qui investit, qui protège son savoir-faire et qui est déterminé à rester souverain dans les technologies qui façonneront le monde de demain. »
