L'héritier d'Hermès, Nicolas Puech, poursuit Bernard Arnault et son conglomérat de luxe LVMH, entre autres parties, dans une affaire civile liée à l'allégation de Puech selon laquelle il aurait été privé d'actions Hermès valant désormais des milliards d'euros, selon un dossier de son procès examiné par Reuters.

Ce procès marque la première contestation judiciaire connue de Puech, 82 ans, contre Arnault et LVMH, et intervient plus d'une décennie après que LVMH a choqué l'establishment français en acquérant discrètement une participation de 23 % dans Hermès, déclenchant l'une des batailles d'entreprises les plus amères de l'histoire du marché boursier français.

Puech affirme que ses actions Hermès ont changé de mains à son insu il y a des années. Reuters n'a pas pu vérifier quand ni à quel prix les actions ont été vendues.

L'héritier de 82 ans, arrière-petit-fils de Thierry Hermès, fondateur du groupe de luxe en 1837, s'est refusé à tout commentaire par l'intermédiaire d'un porte-parole. Son avocat français Frédéric Menges a refusé de commenter, invoquant une procédure en cours.

La plainte civile, déposée devant le tribunal judiciaire de Paris le 15 mai, évalue la valeur estimée des 6 millions d'actions Hermès ayant appartenu à Puech à environ 16,26 milliards de dollars en monnaie actuelle, selon des extraits du document qui n'ont pas été rendus publics.

La première audience dans l'affaire civile a eu lieu le 20 novembre, comme l'a rapporté pour la première fois le journal Libération.

Reuters révèle pour la première fois les poursuites judiciaires de Puech et la liste complète des accusés nommés dans le procès.

Arnault et LVMH n'ont pas répondu aux multiples demandes de commentaires de Reuters faites par l'intermédiaire de leurs avocats et représentants.

La poursuite civile indique que Puech cherche à se réserver le droit de demander des dommages-intérêts d'une valeur de 6 millions d'actions Hermès à « quiconque sera reconnu coupable d'accusations criminelles » dans le cadre d'une enquête pénale distincte sur la prétendue disparition de sa fortune, selon des extraits du document examinés par Reuters.

Dans la plainte pénale déposée début 2024, Puech allègue un abus de confiance et un détournement de ses biens par son ancien gestionnaire de fortune, aujourd'hui décédé, Eric Freymond, selon le magazine français L'Express.

Le parquet de Paris a confirmé à Reuters qu'une enquête pénale était en cours sur l'affaire Puech, ajoutant que jusqu'à présent, seul Freymond avait été mis en examen. Arnault et ses sociétés n'ont pas fait l'objet d'une enquête formelle, a-t-il ajouté.

En France, les poursuites civiles, comme celle intentée par Puech en mai, sont généralement intentées par des personnes qui se prétendent victimes d'un crime et qui cherchent à obtenir des dommages-intérêts parallèlement à une procédure pénale. Ce processus parallèle est courant car les tribunaux civils s'occupent de l'indemnisation, tandis que les tribunaux pénaux déterminent la culpabilité. Se constituer partie civile ne constitue pas un délit en droit français.

La plainte civile vise les holdings familiales d'Arnault, Agache et Financière Agache, ainsi que Freymond, décédé en Suisse en juillet, et deux sociétés suisses précédemment affiliées au gestionnaire de fortune, Semper SA et Phidias Gestion.

Les deux holdings de la famille Arnault n'ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Semper, Phidias Gestion et leurs avocats n'ont pas répondu aux demandes de commentaires.

Puech était autrefois l'un des principaux actionnaires individuels d'Hermès, mais il s'est retiré d'une structure de holding familiale créée en 2011 pour éviter des OPA hostiles. Puech a affirmé dans une rare interview à L'Express qu'il ne savait pas que Freymond transférait des actions Hermès en son nom, soi-disant au profit d'Arnault.

Arnault a toujours nié les accusations selon lesquelles il préparait une acquisition d'Hermès, l'une des marques de luxe les plus précieuses au monde et rival direct de la marque leader de LVMH, Louis Vuitton.

L'AMF a infligé une amende de plus de 9 millions de dollars à LVMH en 2013 pour ne pas avoir divulgué de manière adéquate sa participation dans Hermès. LVMH avait alors rejeté l’amende et le principe de sanction comme étant « infondés ».

Les avocats suisses de Puech, Grégoire Mangeat et Fanny Margairaz, ont déclaré qu'ils ne pouvaient pas commenter spécifiquement la procédure en France. « Nous sommes en train d'établir les faits, de découvrir tous les cas de détournements frauduleux et de traquer chacun des contrevenants », ajoutent-ils dans un communiqué.

Les enquêtes criminelles en France durent souvent des années. En droit pénal français, l'innocence est présumée jusqu'à ce qu'un verdict de culpabilité soit rendu.

A lire également