Une nouvelle stratégie nationale en matière d’IA place la souveraineté au premier plan alors que le Canada s’efforce de réduire sa dépendance à l’égard des fournisseurs étrangers de cloud et d’IA.

Mercredi, la Commission européenne a lancé son paquet sur la souveraineté technologique, introduisant une nouvelle législation visant à desserrer l'emprise des Big Tech américaines sur les infrastructures européennes de cloud et d'IA. Le Canada a maintenant emboîté le pas avec sa propre stratégie « L'IA pour tous », construite autour de six piliers et dont l'objectif explicite est de garantir que les Canadiens peuvent « adopter, construire et gouverner l'IA selon leurs propres conditions ».

« Nous renforcerons la souveraineté canadienne à un moment où elle est profondément remise en question », affirme la stratégie, faisant clairement référence aux relations tendues avec ses voisins sous l’administration Trump.

« Trop d’innovations canadiennes sont capturées et mises à l’échelle ailleurs », indique la stratégie. « À une époque où la prospérité, la résilience et la souveraineté dépendent de plus en plus de la capacité de construire et de gouverner l’IA à l’échelle nationale, ce sont là des vulnérabilités que le Canada ne peut laisser sans réponse. »

La stratégie publiée hier (4 juin) souligne certaines de ces « vulnérabilités » auxquelles le Canada doit remédier. La capacité de calcul souveraine est décrite comme « naissante », les organisations canadiennes restant fortement dépendantes des fournisseurs étrangers pour l’infrastructure qui sous-tend les activités économiques, scientifiques et du secteur public.

La fabrication des puces GPU est « presque entièrement offshore ». Et seulement 12 % des entreprises canadiennes utilisent actuellement l’IA, bien derrière leurs homologues nordiques, où l’adoption se situe entre 29 et 42 %. Les six piliers de la stratégie couvrent :

  • protections de la sécurité et de la démocratie
  • Compétences et alphabétisation en IA pour tous les Canadiens
  • adoption accélérée dans l’ensemble de l’économie
  • construire une infrastructure de calcul souveraine
  • faire évoluer les champions canadiens de l’IA
  • forger des alliances internationales fiables.

En matière d'infrastructure, le gouvernement canadien s'engage à construire un supercalculateur de classe mondiale d'ici 2031 et à accroître la capacité souveraine du cloud pour réduire la dépendance à l'égard des fournisseurs étrangers, faisant écho aux propositions de l'UE CADA (Cloud and AI Development Act) publiées mercredi.

Le Canada vise à augmenter l’adoption de l’IA par les entreprises de 12 % aujourd’hui à 60 % d’ici 2034, à créer jusqu’à 250 000 nouveaux emplois grâce à l’adoption de l’IA d’ici 2031 et à générer près de 200 milliards de dollars de gains de PIB grâce à l’amélioration de la productivité du travail.

Les secteurs prioritaires d’investissement seront : la santé et les sciences de la vie, l’énergie et les ressources naturelles, les transports, l’agriculture, ainsi que la fabrication et la robotique.

La stratégie souligne que le Canada a déjà signé 20 nouveaux partenariats internationaux en matière d’économie et de défense au cours de la dernière année, dont 11 font progresser la coopération en matière d’IA. Le gouvernement canadien affirme qu’il bâtira une alliance stratégique multilatérale pour passer « de la dépendance à la résilience » dans les capacités clés en matière d’IA et de technologie.

Pour les enfants et les citoyens, la stratégie s’engage à moderniser la législation sur la protection de la vie privée, à introduire des lois sur la sécurité en ligne et à fournir une formation gratuite sur l’IA à un million d’étudiants de niveau postsecondaire.

La stratégie du Canada et le programme de souveraineté de l'UE cette semaine sont des signes clairs que la course à la réduction de la dépendance à l'égard d'un petit nombre de géants technologiques américains est désormais une priorité politique dominante des deux côtés de l'Atlantique.

A lire également